Julie
Les derniers clients ont traîné jusqu’à minuit. Le temps de débarrasser les tables, de laver les planchers, de manger avec les cuisiniers, Julie a fermé et quitté le restaurant vers 1h30, épuisée, en compagnie de son collègue, Alexandre. Les deux serveurs de la soirée ont glissé une bonne bouteille de blanc, deux verres et un limonadier dans leurs sacs. La nuit resplendit sur Montréal et la chaleur pèse encore. Inutile d’aller au lit, pense Julie, le sommeil ne viendra pas. Mieux vaut aller se désaltérer en plein-air, les visages brillants de sueur et d’une douce fatigue. L’été dans la métropole se vit bien après le coucher du soleil, quand un semblant de rosée soulage les toits et les têtes. Ils enfourchent donc leurs vélos, du vent bleu sur leurs fronts, sur leurs poitrines, sur leurs mollets nus. Julie roule plus vite et choisit la destination. Elle veut de l’herbe, un orme au tronc large pour déposer son dos. Un arbre qui cache bien les corps ivres et les confidences maladroites.