Je marche

dans le jour entier à ma portée

vent frais

soleil de septembre

manteau sur l’épaule

Je multiplie les sourires

car ce lundi est beau

libre de rendez-vous et d’échéances

mais il est triste aussi:

un trop-plein de moi-même

s’accroche à mes chevilles.

Je dis que vieillir

c’est peu à peu se dévêtir

pour que le vent

ses frissons, ses caresses, ses piqûres, ses poussières

nous traversent

Julie

Les derniers clients ont traîné jusqu’à minuit. Le temps de débarrasser les tables, de laver les planchers, de manger avec les cuisiniers, Julie a fermé et quitté le restaurant vers 1h30, épuisée, en compagnie de son collègue, Alexandre. Les deux serveurs de la soirée ont glissé une bonne bouteille de blanc, deux verres et un limonadier dans leurs sacs. La nuit resplendit sur Montréal et la chaleur pèse encore. Inutile d’aller au lit, pense Julie, le sommeil ne viendra pas. Mieux vaut aller se désaltérer en plein-air, les visages brillants de sueur et d’une douce fatigue. L’été dans la métropole se vit bien après le coucher du soleil, quand un semblant de rosée soulage les toits et les têtes. Ils enfourchent donc leurs vélos, du vent bleu sur leurs fronts, sur leurs poitrines, sur leurs mollets nus. Julie roule plus vite et choisit la destination. Elle veut de l’herbe, un orme au tronc large pour déposer son dos. Un arbre qui cache bien les corps ivres et les confidences maladroites.

Février 2010. Une neige de plus en plus forte tournoie entre les arbres. Paule lit à ses élèves un passage de la nouvelle «Un jardin au bout du monde» de Gabrielle Roy: Alors écartant davantage le rideau, elle vit, au ras de la maison, une grosse main calleuse, usée, si pathétique, qui retirait les petits capuchons de papier dont les plantes avaient été coiffées la veille pour les aider à résister au froid de la nuit. C’était peut-être son âge maintenant qui faisait trembler sa voix lorsqu’elle lisait ce texte. C’était peut-être son âge aussi qui lui donnait l’impression d’être seule avec ces phrases dans une classe indifférente. Qui peut s’émouvoir pour les fleurs gelées d’un vieux jardin aujourd’hui? Qui peut pleurer les doigts gourds d’un époux sur le point de perdre sa compagne? Le dénuement des plaines de l’Ouest touche le coeur mûr de Paule sans effleurer, semble-t-il, celui de ses étudiants. Soudain, les têtes penchées dans les livres prennent la couleur du blé, le vent balaie les visages et Paule avance dans la prairie, le visage tourné vers l’horizon.



De retour de voyage

comme si mon corps tout ce temps

avait attendu

dans la cuisine

appuyé sur le comptoir de céramique.

Je le trouve bien petit et paresseux

ce corps

que j’ai rêvé assoiffé et vif, inépuisable

en regardant la mer

du haut de la falaise.

Lire la suite »

De retour d’un voyage sur la magnifique île du Cap-Breton, je tente une nouvelle fois l’entreprise d’un blogue essai/poésie. Il y a longtemps que Nicola m’encourage à utiliser davantage les ressources du web pour développer mon travail d’écriture, pour échanger avec d’autres auteurs. Mais je crois que je crains cette mer de possibilités… Toutefois, lors de ces dernières vacances en Nouvelle-Écosse (contrée si belle aux gens si tendres que voilà évaporée chez moi toute volonté de souveraineté du Québec!) nous avons rencontré un couple du Connecticut dans la cinquantaine absolument charmant. Russ, photographe et Lisa, poète et enseignante… Drôle de coïncidence, non? D’une certaine manière, ils me sont apparus comme un reflet de Nicola et moi, un reflet lumineux et sensible, un couple en quête de paix et de beauté. Et parlant d’images et de mots, tous deux m’ont fortement conseillé de tenir un blogue, de partager mes mots sans craindre qu’il soient pillés, de profiter de cette opportunité gratuite et immense de visibilité qu’offre la grande communauté internet. Alors voilà, inspirée par cette rencontre estivale, j’essaie d’arriver à mon époque!

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.